Le complotisme au service du capitalisme

Publié le par FSC

Et de la même manière la forme que revêt la dénonciation du complotisme dans les médias dominants est au service du maintien de l'exploitation capitalisme en amalgamant dans le fond toute critique du système à des élucubrations complotistes.

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REPRIS du site d'Antoine Manessis

                      Affiche nazie et complotiste (1942)
 

Complotisme. Bientôt, si ce n'est déjà fait, ce mot va devenir un moyen de stigmatiser les adversaires de l'idéologie dominante qui, ne l'oublions pas, est celle de la classe dominante. 

Le sens commun comme le disait Gramsci est l'expression de cette domination idéologique du genre "Il y a toujours eu des riches et des pauvres et il y en aura toujours". C'est con mais ça marche car c'est l'intérêt des riches qui s'exprime dans l'idéologie dominante. Dans l'Antiquité, si vous discutiez avec un Athénien, il vous dirait "il y a des esclaves et il y en aura toujours". Aucun de ces si immenses penseurs de la Grèce classique, Socrate, Platon, Aristote, Epicure...aucun des ces immenses auteurs de tragédies immortelles...aucun de ces géants de la science grecque, aucun des fondateurs de l'idée démocratique ni Solon, ni Périclès, ne dénoncèrent l'esclavage comme une abomination contre l'être humain. La société esclavagiste produisait une idéologie incapable de remettre en cause son fondement et les intérêts de ceux qui profitaient de l'esclavage.

Revenons au complotisme. Il est une aberration intellectuelle. Le complotisme remplace l'analyse scientifique de la réalité sociale, de ses contradictions, de ce qui fait qu'une société bouge et change. Il fait abstraction de la lutte des classes et de ses conséquences. Il remplace le doute scientifique par un scepticisme vulgaire. Il est incapable de voir les causes profondes des événements, de l'histoire, dans leur complexité et leur profondeur, qu'il remplace par des complots. De toutes sortes.

La Révolution française ? Un complot des Francs-maçons et des philosophes ! Proclament les complotistes. Des aveugles qui croient connaître "les dessous" de l'histoire et à qui échappe l'essentiel :  la bourgeoisie et le peuple en mouvement parce que, comme le disait Barnave*, "une nouvelle distribution des richesses implique une nouvelle distribution du pouvoir."

Le complotisme est une sorte d'antisystème des imbéciles. Tantôt penchant à droite, tantôt à gauche, mais toujours à côté de la réalité sociale, politique, idéologique, sans voir les véritables mécanismes qui font bouger les sociétés et le monde. 

De plus le complotisme est mystificateur : en croyant découvrir de sombres secrets, il ajoute de la confusion à la confusion. Le 11 septembre n'est pas un attentat d'islamistes d'Al Quaïda mais un complot du Mossad ou du FBI ou de Dien sait qui. Et même les attentats n'ont pas eu lieu, en tous les cas pas celui contre le Pentagone. Et personne n'est arrivé sur la lune. Et la terre est plate. Et les vaccins sont un complot de la Big pharma. Une telle bouillie s 'avale du fait de la vacuité du discours dominant.

L'impérialisme n'est pas responsable des guerres par la lutte acharnée que mènent les différents prédateurs capitalistes pour dominer les autres, non, ce sont les Illuminati ou les judéo-bolchevicks ou les extra-terrestres et les islamo-gauchistes qui conspirent et complotent. Comme les racistes finalement, les complotistes inventent et désignent de faux ennemis à la vindicte des peuples à défaut d'avoir pu analyser et comprendre la réalité sociale, à défaut de posséder des outils d'analyses pertinents.

Mais le complotisme joue sur deux tableaux qui lui permette de prospérer.

Premier tableau : les mensonges permanents de l'idéologie dominante et de ses serviteurs : qui peut oublier le général-ministre étasunien Colin Powel montrant à l'ONU les preuves de la possession par Saddam Hussein d'armes de destruction massive. Tous les médias mainstream étasuniens, sans aucune exception, ont diffusé ces fake-news. Que dire du traitement des mouvements sociaux par nos médias de masse? Bref pour camoufler les intérêts de classe qu'ils servent les médias mentent et diffusent de façon subliminale ou/et grossière l'idéologie dominante. Aucun complot là-dedans, juste une question d'intérêt.

Deuxième tableau: les vrais complots existent. Mais ils ne sont eux-mêmes que des conséquences et non des causes. Un exemple : la CIA a comploté avec des chefs de l'armée chilienne pour réaliser un coup d'Etat du 11 septembre 1973 qui a abouti à l'instauration du régime fasciste de Pinochet. Mais le complot n'explique rien, c'est un outil au service d'une politique. Les gouvernement des Etats-Unis voulait, dès l'élection d'Allende le candidat de l'Unité Populaire (coalition de gauche), détruire la tentative chilienne d'un socialisme démocratique. L'élection d'un "marxiste" à la tête d'un pays latino-américain était insupportable à Washington et aux grands multinationales étasuniennes nationalisées par Allende. Pour étouffer dans l'œuf cette tentative de gauche, la Maison Blanche et le grand capital ont décidé de se débarrasser de l'Unité Populaire. Et comme avec le Venezuela aujourd'hui les États-Unis utilisent tous les moyens, économiques (sabotage et blocus), médiatiques, terroristes, subversifs pour éliminer la gauche qui met en cause son hégémonie dans le sous-continent américain.

Le complotisme doit être combattu par les forces progressistes car il contribue à embrouiller la juste compréhension des choses. Il empêche de définir l'ennemi principal qui n'est pas caché mais bien au vu de tous et de chacun :le système capitaliste.

En fait le complotisme est un allié du système en stérilisant le recherche de la vérité sur les causes réelles des malheurs du monde. Et le système s'en sert comme il se sert du racisme, de l'antisémitisme et de l'anticommunisme.

Et il s'en sert doublement puisque en assimilant toute critique ou/et toute interrogation légitime au complotisme cela lui permet d'entraver toute pensée critique. Amalgamer la critique au conspirationnisme permet de criminaliser la ô combien juste mise en cause des mensonges et des mystifications des classes dirigeantes. 

Ainsi on voit bien le piège que tend la bourgeoisie et dans lequel les progressistes et les rationalistes ne doivent pas tomber. Il n'y a qu'un chemin pour cela : être toujours du côté des exploités et de leurs luttes. C'est en cela que le communisme est l'énigme résolue de l'histoire.

 

Antoine Manessis.

 

 

 

* Antoine Barnave, député du Tiers-Etat de Grenoble. Représentant brillant de l'aile droite de la bourgeoisie, souhaitant un compromis avec la Monarchie, partisan du vote censitaire, très hostile vis à vis des forces populaires et bourgeoises démocratiques. Il expose dans ses écrits les causes de la Révolution qui impressionneront Jaurès et Mathiez par la lucidité des enjeux de classe de la Révolution.

 

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