Le Covid-19 a accentué les inégalités

Publié le par FSC

 

 

Elles font probablement partie des plus grosses enquêtes jamais réalisées en France, hors recensement. Et en un temps record. Vendredi, l’Inserm et la Drees, en collaboration avec l’agence sanitaire Santé publique France et l’Insee ont rendu publics les premiers résultats de deux études (Sapris pour « santé, pratiques, relations et inégalités sociales » et EpiCOV pour « épidémie et conditions de vie »), menées en mai dernier, sur les facteurs de risques individuels et sociaux face au Covid-19. Leur particularité : aborder simultanément les enjeux sociaux et épidémiologiques. « Cela permet de comprendre avec les analyses sociologiques la réalité des données de séroprévalence (c’est-à-dire la proportion des personnes qui ont développé des anticorps contre le virus – NDLR) de l’épidémie », a expliqué au journalle Mondela coordinatrice de l’étude EpiCOV, la sociologue Nathalie Bajos, directrice de recherche à l’Inserm.

Premier enseignement : les personnes qui vivent dans une grande ville ont plus de risques d’être touchées par le coronavirus. Environ 4,5 % de la population de France métropolitaine avait, en mai, des anticorps prouvant une infection au Covid, bien loin de l’immunité collective estimée à 70 % de la population. Un chiffre « en cohérence avec les estimations déjà publiées en France ». Sans surprise, cette proportion est plus élevée dans les endroits les plus touchés par la première vague de l’épidémie en mars-avril (Île-de-France, Hauts-de-France, Grand-Est). Autre enseignement : les 30-50 ans ont été la classe d’âge la plus infectée lors de la première vague, même si la mortalité due au Covid-19 est plus élevée chez les plus de 70 ans.

Mais, surtout, les premiers résultats de ces enquêtes confirment que la crise sanitaire a accentué les inégalités sociales, notamment en matière de vulnérabilité professionnelle et financière. Une réalité qui n’était pas encore bien documentée scientifiquement. On apprend ainsi que « les personnes habitant un logement exigu ou surpeuplé sont 2,5 fois plus nombreuses à avoir été positives au Covid-19 ». De même, la proportion de tests positifs est plus élevée « chez les personnes immigrées nées hors de l’Europe que les autres », ce qui « s’explique par les conditions de vie moins favorables dans lesquelles une partie d’entre elles vivent ». « Grâce à ce croisement, on a pu mettre en évidence le caractère cumulatif des facteurs de vulnérabilité », a expliqué auMondeFrançois Héran, démographe et anthropologue, qui a coprésidé le conseil scientifique de l’enquête.

Beaucoup ont vu leur situation financière se dégrader

On le sait, les conditions de travail ont été bouleversées par la crise. Là encore, des chiffres viennent étayer cette réalité. Près de 11 % des personnes de 18 à 64 ans occupant un emploi n’ont pas travaillé pendant le confinement. Un taux qui atteint 18 % chez les 18/24 ans. Cette situation est aussi plus fréquente en milieu populaire : elle a touché 14 % des employés non qualifiés, 16 % des ouvriers qualifiés, 17 % des ouvriers non qualifiés, contre seulement 5 % des cadres et professions intellectuelles supérieures. 50 % des cadres ont pratiqué exclusivement le télétravail, contre 1 % seulement du monde ouvrier. Le recours au chômage partiel (entre 15 et 17 % pour les femmes, de 16 à 23 % des hommes) a été, lui aussi, « massif », et a concerné davantage les jeunes et les milieux populaires. « La distribution sociale de ces mesures révèle la réalité des inégalités sociales préexistantes », concluent les chercheurs.

Confirmant le constat fait par les associations d’aide aux plus précaires, une part importante des personnes interrogées jugent que leur situation financière s’est dégradée : cela concerne 28 % des femmes et 29 % des hommes. « Les catégories sociales les plus touchées sont les professionnels les plus vulnérables à la crise : agriculteurs, indépendants et entrepreneurs, ouvriers, personnes sans emploi, mais aussi plus largement les personnes à faible revenu et les personnes immigrées de première et seconde génération. » Les résultats de la prochaine vague de l’enquête EpiCOV, qui portera sur les 130 000 personnes ayant répondu à l’enquête sur la première vague, permettront d’éclairer ces effets sur le moyen terme.

par  Alexandra Chaignon ,
 

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